Manawa, étymologie et histoire du mot créole Martiniquais manawa

 

Actualité linguistique Martinique | Edité le 02 mars 2015 | article précédent | Proposition Cciale 

Manawa, étymologie et histoire du mot créole manawa

➤ Le mot « manawa » est un mot créole Martiniquais. Au-delà de sa signification, c’est un mot qui a une étymologie particulière que beaucoup de personnes ignorent. Je trouve ce mot très beau très beau de part son origine. La façon dont nos ancêtres ont donné naissance à ce mot m’a toujours captivé. En écrivant cet article, je tiens à valoriser la langue créole mais aussi à donner à ce mot toute la valeur historique qu’il mérite. Il est vrai que la traduction française du mot « manawa » n’a pas bonne presse. Vous savez que se faire traiter  de « manawa » est une insulte. Mais je pense qu’avec la compréhension en amont  que votre regard et votre manière de considérer ce mot vont changer. C’est la raison pour laquelle je tiens à vous éclairer sur le sujet. Le mot manawa est un mot qui a une histoire extraordinaire à vous faire découvrir. Zót lé sav ! Vous voulez en savoir plus ? Suiv mwen ! Suivez-moi !

1- Saki an manawa ? Qu’est-ce qu’une manawa ? Et quelle est la traduction française du mot manawa ?

An kréyol moun Matinik, yo ka kriyé manawa an fanm ka vann koy pou lajan. En créole Martiniquais, on appelle « manawa » une femme qui vend ses charmes pour de l’argent. Vous comprenez que la traduction française du mot manawa veut dire prostituée. 

➤ 2 - Quelle est l’origine du mot  créole manawa ?

Le mot créole manawa tient ses origines de la langue anglaise. Lisez plutôt l’histoire qui suit du début à la fin et vous allez mieux comprendre l’étymologie du mot manawa. A lire absolument !  

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L’histoire du mot manawa ★★★★ 

Récit : Sandra et Julie L. la manawa des Terres Saint-Ville

« Ni yonn dé lanné di sa antan djab té ti-gason…Il y a longtemps de cela à une époque où le diable n’était encore qu’un enfant, vivait en Martinique dans un quartier populaire appelé Trénelle ( ref : article ) , une famille composée de 4 enfants. L’ainée des enfants était âgée de 7 ans et commençait à ouvrir son esprit sur le monde. La petite fille posait tout le temps des questions à ses parents sur le monde qui l’entourait. Ti-manmay la téka pozé kestion asou tousa ité ka wè. An vré machand chaplé. Une vraie marchande de chapelet. Un soir, les parents de Sandra étaient en train de rentrer chez eux à une heure tardive avec leurs enfants. Il était environs 22 heures. La famille était train de traverser le quartier populaire des Terres Saint-Ville pour monter à Trénelle.  Précisément à la rue François Pavilla où ils résidaient.

A leur arrivée aux abords de l’église des Terres Saint-Ville qui arborait fièrement son cloché la tête dans les étoiles, l’attention de la petite Sandra avait été attirée par un groupe de femmes rassemblées là. Elles portaient des talons aiguilles aussi pointu que le cloché de l’église et étaient vêtues d’une manière pas très catholique. Les femmes étaient rassemblées sur le parvis de l’église comme si elles attendaient la venue du Christ en personne. Vous voyez !  

- Que font ces dames debout là comme ça tard dans la nuit ? Elles attendent quoi ?  Avait brusquement demandé Sandra à ses parents.  

Le père en premier avait faillit avoir une crise cardiaque en entendant la question posée par sa fille. La mère, elle avait fait comme si du bois s’était cassé dans ses z’oreilles. Elle était devenue sourde sur le champ. Le père et la mère qui savaient les pratiques auxquelles s’adonnaient ces bonnes femmes n’avaient pas su comment l’expliquer à leur petite fille.

Sa ika mandé mwen la-a a lè tala. Que me demande t-elle encore à cette heure tardive ? S’était dit le père dans son cœur. Il était hors de question pour les parents de faire une quelconque référence à la sexualité. Tjanmay la twô piti pou palé-i di sa. Saké twomatisey ! L’enfant est trop petite pour lui parler de ces choses là. Elle sera traumatisée, avaient pensé les parents.  

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Alors le père de Sandra qui était originaire de l’île de Sainte-Lucie, un pays voisin de la Martinique avait trouvé une idée lumineuse. Le père avait fait preuve d’une grande ingéniosité pour répondre à sa fille le plus clairement possible. Voici ce qu’il avait répondu à Sandra :

- Ces femmes là que tu vois dehors à cette heure tardive de la nuit, ce sont des femmes de l’extérieur, des man of out ! Comme on dit à Sainte-Lucie en anglais, des man of out. Une expression anglaise pour qualifier une personne ou des personnes qui passent le plus claire de leur temps dans la rue.

La petite fille avait été ravie par l’explication que lui avait donné son père. Pour la première fois de sa vie, Sandra avait trouvé son père très pédagogue. Elle avait juré entendre sa maîtresse d’école Mme LASKO. C’était net et claire comme l’air que vous voyez ! Elle venait d’enrichir son vocabulaire d’un mot nouveau « man of out ».  La maman de Sandra elle aussi avait été surprise. Surprise par la façon dont son mari avait su géré cette situation si embarrassante dans laquelle ils s’étaient retrouvés. Tout le monde était content. La petite famille était rentrée chez elle à Trénelle ( ref : article )  et avait passé une bonne nuit. 

Lè landemen bon maten Sandra té pati pou-i alé lékol. Le lendemain matin, Sandra était partie pour l’école. Elle était scolarisée au Groupe Scolaire Aristide Maugé de Trénelle (voir article) . Sandra était au CP, cours préparatoire. Durant tout le temps qu’avait duré son parcours pour arriver en classe, la petite fille n’avait cessé de penser à ce qu’elle aurait raconté à ses camarades. Pour cause,  tous les matins, la maîtresse demandait à ses élèves de raconter un fait d’actualité ou un évènement qu’ils avaient vu ou entendu la veille.

Après avoir descendu la descente qui passait devant la petite boutique de Mme LALA ( voir article ) l’épicière aux cheveux grizonnants. Et passé devant la cantine municipale du quartier, Sandra était enfin arrivée dans la cours de l’école mixte B de Trénelle (voir article). La sonnerie avait sonné l’heure de rentrer dans les salles de classe. Le moment tant attendu par la petite fille était arrivé. Elle allait enfin pourvoir partager son nouveau mot avec ses amis. 

Mme LASKO l’institutrice avait donné le feu vert pour raconter l’événement qui les avait tenu à cœur. Après avoir écouté Ti-Féfé raconter comment son père avait babillé avec le voisin d’à côté parce qu’il pensait que ce dernier lui avait volé un coq de combat. Puis regarder sa makomère, sa meilleure amie Sara qui avait mimé la façon dont elle avait vu un ronmié, un homme ivre-mort tout droit sorti d’un bar de la Croix-Mission se faire renverser par une voiture, Sandra s’était lancée. Man Lasko té alé aziz an fon klas la pou-i tésa tann ti-manmay la kè ité ka toujou kouté épi anpil plézi.  Mme LASCO était allée s’asseoir an fond de la classe pour entendre l’enfant qu’elle prenait toujours plaisir à écouter. 

La petite Sandra était montée sur l’estrade de bois qui surplombait la classe. Le dos contre le tableau noir. Vous voyez ! Sandra avait débuté son récit par la fabuleuse expédition qu’ils avaient fait en traversant le quartier des Terres Saint-Ville tardivement dans la soirée. Puis elle avait décrit son arrivée aux abords de l’église comme une véritable découverte Colombienne. Mé lapli bel té anba lapay. Mais le plus beau était sous la paille. Le meilleur était à venir. Sandra voulait épater ses amis avec son nouveau vocabulaire. L’enfant était fière d’autant plus que c’était son père qui en détenait la paternité. Mais au moment de dire exactement l’expression que son père lui avait dit, Sandra avait eu un moment d’hésitation. Landjèt sa pito ! Merde alors, avait dit l’enfant tout bas mais assez haut pour que toute la classe puisse entendre. Alors les rires s’étaient mis à pleuvoir jusqu’à ce que Mme LASKO rétablisse l’ordre. Sandra venait de se rendre compte qu’elle avait oublié le mot exact que son père lui avait prononcé. Le désir de partager sa connaissance était si grand chez elle que l’enfant avait pris son courage à deux mains. Elle avait dit :   

- Hier soir, j’ai vu des femmes au Terre Saint-Ville, et mon père m’a dit que c’étaient des man…!

La classe entière était restée bouche B attendant la fin de la phrase. Personne ne savait le mot que voulait dire Sandra.  Assise au fond de sa classe, Mme LASKO elle aussi attendait. Après un long silence de réflexion, elle s’était à nouveau lancée.

- Hier soir, j’ai vu des femmes au Terre Saint-Ville, et mon père m’a dit que c’étaient des manman….man !

- Des mangos bassignac ! Lui avait hurlé Michael le petit sireur, le plus insupportable de la classe. 

Je ne prends même pas la peine de vous dire qu’à ce moment là, des éclats de rire à droite et à gauche avaient envahit la salle de classe. Mme LASKO avait dû rétablir le silence pour la deuxième fois. Loin de se laisser décourager, Sandra s’était mise à chercher le mot que son père lui avait fait découvrir. Mais l’expression était en anglais, l’enfant l’avait complètement oubliée. Et au moment où elle avait lâcher-prise, un mot lui était naturellement venu à l’esprit.

Alors elle avait dit avec confiance à toute sa classe de CP :

- Hier soir, j’ai vu des femmes sur les trottoirs de Terre Saint-Ville, et mon père m’a dit que c’étaient des manawa !

Au lieu de dire man of out comme son père le lui avait enseigné, Sandra avait carrément dit le mot manawa…  

Voilà ! C’est depuis ce jour là que le mot man of out (homme de la rue) s’est transmué en manawa pour désigner les filles de joie de la Martinique.

  

J’espère vous avoir éclairé ce mot d’une valeur inestimable pour la langue créole.

Mèsi an chay ! An lót soley !

© Texte mars 2015 DGA pour Lucide Sapiens. Tous droits réservés.

N° de série article : 371227032015A-HMCM

© Texte et responsable d'édition : David Gagner-Albert ☚  

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Tag(s) : #Actualité culturelle de Martinique

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