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🏡 Trénelle quartier populaire de Fort-de-France en Martinique

� Trénelle quartier populaire de Fort-de-France en Martinique
Actualité patrimoniale Martinique | Edité le 15 avril 2015  | article précédent | Proposition Cciale

 

Aujourd'hui, j'ai décidé de léver le voile sur un quartier populaire de Fort-de-France où j'ai jadis passé une partie de mon enfance. J'ai décidé de vous conduire dans l'un des quartiers de la Martinique dont la renommée n'est plus à faire. Trénelle ou La Trénelle. On a souvent entendu du mauvais sur ce quartier. Cet article est un  hommage que je fais à un quartier qui m'a vu grandir et qui est resté graver au sein de mon coeur. Je vous invite à faire une croisière sur les pas de mon enfance. Zót lé sav ? Vous voulez savoir ? Suiv mwen ! Suivez-moi ! 

1 - Où se trouve le quartier Trénelle à Fort-de-France ? Ki koté  kartié Latrénel yé ?

Le quartier Trénelle est selon moi l’un des plus grands et plus prestigieux quartiers populaires de la Martinique. Vous allez certainement penser que je suis chauvin. Le quartier Trénelle n’est pas un quartier habité par des gens riches. Bien au contraire, il s’est construit sur la force de la pauvreté. Mais l’histoire de ce quartier est d’une richesse patrimoniale inestimable. Trénelle est situé sur un grand morne (réf : morne), il surplomb le quartier des Terres Saint-Villes et partage une surface de plusieurs hectares avec le quartier Citron. Vous pouvez facilement apercevoir le quartier Trénelle depuis la Rocade après le rond-point du Vietnam Héroïque. La vision y est très agréable et panoramique.

2 - Histoire du quartier Trénelle / istwa Latrénel

Le quartier Trénelle s’est élevé de terre vers la fin des années 40 et début des années 50. A l’époque, la Martinique subissait un exode rural très intense. De nombreux Martiniquais sortaient des campagnes pour s’installer à la ville. Le travail dans les usines et les champs était très mal payé. Le but était de trouver du travail à la ville pour avoir une vie meilleure pour soi-même et ses enfants. A cette époque, la Martinique ne disposait pas encore de réseaux routiers intercommunaux très développés. Alors il était aussi plus facile pour les enfants de poursuivre les études secondaires au Lycée Schoelcher quand on habitait la capitale.

C’est ainsi que des familles entières à la recherche d’un lieu pour s’établir ont peu à peu pris possession de cette partie de la capitale foyalaise. La géographie en pente n’étant pas appropriée, le lieu était vide de toutes habitations avant l’arrivée des premières familles. Ces hommes et ces femmes pionniers ont du apprivoiser cette topographie hostile pour recréer le foyer qu’il avait à la campagne. Des milliers de matériaux de récupération ont été acheminé à l’aide des bras et des jambes pour mettre debout ces habitations conçues à l’aide des coups de main entre amis et famille. C’est ainsi que le quartier Trénelle a vu le jour et s’est développé pour être ce qu’il est aujourd’hui. Je considère le quartier Trénelle comme l’un des joyaux historiques de la capitale de la Martinique.    

Le quartier Trénelle, une vue depuis le quartier Ermitage. ⛔ Photo Non libre de droit

Le quartier Trénelle, une vue depuis le quartier Ermitage. ⛔ Photo Non libre de droit

Le quartier Trénelle en 2014 - ⛔ Photo Non libre de droit

Le quartier Trénelle en 2014 - ⛔ Photo Non libre de droit

3 - Quelle est la particularité du quartier Trénelle ?

Ce qui fait la particularité et attire votre attention du premier coup, c’est sans aucun doute l’impressionnante accumulation de maisons sur cette pente aigue. Ce pot-pourri de petits cubes qui semble être les uns sur les autres, vous donne le sentiment de vous trouver face à un vidé du mardi gras avec ses milliers de carnavaliers. Et à l’image de la population, on y voit des têtes de toutes les couleurs se dresser comme des flèches de canne malavoi. Ça et là, la végétation semble vouloir reprendre ses droits avec des manguiers ou des arbres-à-pain. Ils témoignent du passé où  les premiers habitants de Trénelle devaient subvenir à leurs propres besoins par tous les moyens.

3 - Les rues célèbres du quartier Trénelle

Le quartier Trénelle a l’énorme avantage d’être traversé par deux rues dont vous avez certainement entendu parlé. Mé wi zót sav ! Vous savez !

La rue François Pavilla à Trénelle 

La première c’est la rue François PAVILLA. François Pavilla qui était un célèbre boxeur  Martiniquais trop tôt disparu. Vous voyez ! La rue François Pavilla traverse  le quartier Trénelle comme un serpent et le fend en deux comme un sexe féminin je trouve. A droite comme à gauche, sur les deux bords de cette matrice, les maisons sont collées les unes à côté des autres. Et les unes derrières les autres. Yonn a koté lót é yonn dèyè lót.  

Les habitations sont si proches du chemin qu’on aurait pu avoir peur pour elles. Mais elles sont déterminées, elles vous montrent clairement qu’elles ont confiance parce qu’elles sont plantées au même endroit depuis l’époque où le diable n’était qu’un enfant, dépi antan djab té ti-gason. Si elles pouvaient parler les maisons, elles auraient eu tant de choses à nous dire les maisons que même mon ordinateur n’aurait pas eu assez de mémoire pour retenir toutes leurs fabuleuses histoires.  

La rue de la Bute à Trénelle

La deuxième rue la plus connue, c’est la rue de la Bute. Pourquoi l’appel t-on la rue de la « Bute » ? Moi-même je ne sais pas pourquoi. Man pa sav ! En tous les cas, la rue de « Bute » ne bute sur rien du tout. Pas à ma connaissance. Bien au contraire. La rue de la Bute forme un angle avec la rue François Pavilla après la boutique de Mme Marthe et la menuiserie Jean-François. La rue de la Bute vous chemine  tout droit au quartier Citron ou « ô Sitwon » en créole. Le quartier Citron qui n’est en fait qu’un prolongement du quartier Trénelle. Vous voyez !  

 

Une vue du quartier des Terres Sainville depuis le quartier Trénelle ⛔ Photo non libre de droit

Une vue du quartier des Terres Sainville depuis le quartier Trénelle ⛔ Photo non libre de droit

4 - Les lieux et les monuments célèbres du quartier Trénelle

C’est au pied du quartier Trénelle que vous pourrez trouver l’un des monuments les plus célèbres du pays. Il s’agit du Nèg Mawon de l’artiste Martiniquais Khôkhô Réne-Corail. La statue du Nèg Mawon qui symbolise la fin de l’esclavage (voir biographie de Khokho René-Corail). Elle a été conceptualisée à la demande de l’ancien maire Aimé Césaire ( ref article).

Annonce : Le PUZZLE statue Nèg Mawon en vente sur la boutique Lucide Sapiens.☚ ★★★ 

Tout juste à côté du monument, c’est la place du 22 Mai 1848 en hommage au décret d’abolition de l’esclavage. Plus loin c’est le centre culturel Gérard Nouvet. Et le groupe scolaire Aristide Maugé où des générations d’enfants du quartier ont été éduquées. Et encore beaucoup plus loin, c’est la Cascade de Trénelle-Citron qui vous accueille. Une chute d’eau au beau-mitan des milliers d’habitations (Réf voir article).  

➤ 5 - Les commerçants célèbres du quartier Trénelle

Au sein du quartier Trénelle, vous aviez deux boutiques ou épiceries qui ont nourris des générations de Trénelliens. Des petites épiceries de quartier où les parents sans argent prenaient un petit « crédit »  comme cela se faisait dans le temps. Chaque famille avait un carnet de crédit. Un petit cahier sur lequel le commerçant notait soigneusement les sommes que vous lui deviez.  Des commerces où les z’enfants achetaient 1 franc de bonbon, 1 paquet de biscuit Girard ou Choco…ou même une roki de rhum pour bonne manman et une liv de pain… et il fallait dire TOTO pour que la commerçante vienne vous servir quand elle était occupée dans le fond de sa boutique.

Je ne pouvais pas clore cet article sans RENDRE HOMMAGE à deux petites épiceries en particulier. Il y avait d’autres épiceries à Trénelle. Mais celles que j’ai personnellement fréquentées et qui m’ont le plus marquées étaient la boutique de Mme et de Mr Michel et la boutique de Mme LALA. Vous voyez !

Mme Lala était une petite mulâtresse toute courte avec des cheveux gris. Un gris argent comme les pièces d’argent qu’elle manipulait dans sa caisse. J’avais du mal à mettre un âge sur le visage de Mme Lala. Je voyais bien que Mme Lala était une femme d’un certain âge voire d’un âge très certain. Mais elle était si énergique pour son âge avancé, que vous pouviez facilement  ressentir qu’intérieurement elle avait 45 ans de moins. La boutique de Mme Lala avait les murs carrelés avec des carreaux marrons. Et située dans un petit morne ou descente selon que vous arriviez par en haut ou par en bas. Quand j’allais faire des commissions dans la boutique de Mme Lala, ce qui me captivait le plus c’était sa façon de faire les calculs.

 

On était au début des années 90. Les machines à calculer et autres caisses enregistreuses existaient déjà. Mais contrairement à la boutique de Mr et Mme Michel qui était plus moderne, Mme Lala continuait de faire ses calculs sur un bout de papier. Quelque fois juste le bout de papier marron qui avait servit à envelopper le pain du matin. Vous voyez ! Addition, soustraction, multiplication, division et je retiens X. La liste des prix à compter pouvait être longue. Mais l’épicière ne se trompait jamais dans ses calcules et formait ses chiffres à la manière d’une artiste. Chaque fois que je voyais Mme Lala faire ses calculs de la tête, elle me faisait penser à mes faiblesses en math. Comment faisait-elle ? Une chose est certaine c’est qu’elle est partie avec son secret au paradis. Parce que le temps avait engendré du temps et il était venu le moment où Mme Lala était partie pour toujours. Elle était partie compter auprès des anges je suppose.

Au nom de toutes les familles, un grand Merci à la boutique de Mme Lala et à la boutique Mr et Mme Michel pour le service qu’elles ont rendu à nos familles quand la faim frappait aux portes de nos estomacs.                

Le centre culturel Gérard Nouvet en jaune. ⛔ Photo Non libre de droit

Le centre culturel Gérard Nouvet en jaune. ⛔ Photo Non libre de droit

★★★★ Mon histoire personnelle avec le quartier Trénelle 

Mon histoire personnelle au sein du quartier Trénelle se situe entre 1987 et 1992. Une partie de ma scolarité s’est effectuée au groupe scolaire Aristide Maugé à l’école mixte B de Trénelle.

(Promotion 1987-1992 pour ceux et celles qui vont se reconnaître).

A mon arrivée au quartier Trénelle, j’ai surtout été marqué par la chaleur intense qui s’élevait dans mon nouvel environnement. 

En vente

Et les énormes escaliers que nous devions sans cesse grimper pour monter chez nous. Je dis monter car si vous entrez au cœur du quartier Trénelle, c’est un véritable labyrinthe fait d’escalier et de passages sinueux qui montent, montent et qui montent...Mais j’avais fini par m’y habituer. Le jour où j’ai dû quitter le quartier Trénelle qui m’avait accueilli une partie de ma vie, je dois dire que ce fût pour moi un grand regret. Aujourd’hui, bien que je trouve que le quartier soit quelque peu délabré, c’est toujours avec un grand plaisir que je retourne sur les pas de mon enfance.    

Voilà ! J’espère vous avoir éclairé sur le quartier Trénelle. Quand vous AVEZ l’occasion, je vous invite à prendre le temps de faire un peu de tourisme patrimonial. Visitez le quartier populaire Trénelle et vous apprendrez que la volonté et la détermination peuvent créer l’impossible. Impossible n’est pas le quartier Trénelle.

 

Mèsi an chay ! Merci beaucoup ! An lót soley !  

© 2015 : Tous droits réservés. Lucide Sapiens Martinique. 

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© Texte et responsable de publication : Mr David Gagner-Albert  ☚

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tyshe 24/02/2017 15:17

Super description Mon père habite toujours rue de Balbomé.

√ David GAGNER-ALBERT 24/02/2017 15:27

Merci à vous Tyshe ! (y)

Sarah 12/06/2016 17:56

Une description complète qui nous éclaire un peu plus sur l'histoire de ce quartier. Je me suis installée depuis 8 mois dans le quartier proche de Crozanville et je suis très touchée par votre témoignage historique.

√ David GAGNER-ALBERT 23/07/2016 03:57

C'est moi qui vous REMerci Sarah ! Je vous souhaite de passer un bon moment dans les environs.