La Martiniquais et le fonctionnariat, un larbinisme jamais égalé, Martinique

La Martiniquais et le fonctionnariat, un larbinisme jamais égalé, Martinique

- Man lé an fonksionè ! Man pa le an boug ka travay anba bannann ! (Je veux d’un fonctionnaire et non d’un ouvrier qui coupe de la banane pour métier.) Avait lancé la jeune femme Martiniquaise au jeune homme Martiniquais qui était en train de la zayé, séduire.

Après avoir écouté les propos de sa madiguane, sa dulcinée, Ti-Sonson était reparti avec le cœur décroché comme un fruit-à-pain doux. Il avait attrapé un gros poil (chagrin d’amour) comme on dit au pays. La jeune fille dont il avait tant rêvé ne voulait pas de lui. Parce qu’il n’était pas un fonctionnaire mais un petit ouvrier agricole qui travaillait sur la plantation de banane de Mr Oscar de Lucide de FOSSOYEUR dans le nord de la Martinique.

Bonjour à vous ! Bonjou tout moun ! Je suis David GAGNER-ALBERT artiste-blogger, formateur informatique, conseiller à la culture Martiniquaise…La petite histoire que vous venez de lire en amont est une introduction sur un sujet qui a beaucoup marqué la Martinique jusqu’aux débuts des années 2000. Vous m’avez déjà compris. Il s’agit du « fonctionnaire ». Cette classe sociale si particulière. Le fonctionnariat à la Martinique. Manman manman c’est chô kakao ! A une époque où le diable n’était encore qu’un jeune homme, antan djab té ti-gason (longtemps mais pas aussi loin que ça), j’ai le souvenir que dans mon pays, les personnes fonctionnaires étaient vénérées comme des DIEUX. Et oui je vous assure. Ce n’est pas exagéré que de dire qu’elles étaient vénérées comme des Dieux.

Je vais vous démontrer par A + B en passant par C pourquoi je vous dis ça ? De nos jours, le mythe du fonctionnariat est-il toujours aussi présent dans la tête des nos jeunes Martiniquais ? C’est la réponse que je vous amène à découvrir à travers cet article.

Le fonctionnaire demi-dieux à la Martinique ? Mais pourquoi ?

Vous vous souvenez, quand vous étiez enfant du nombre de fois où vos parents et votre entourage ont parlé d’une personne qui exerçait un métier dans le service public. Je veux dire un fonctionnaire. Vous entendez ce que j’entends ci-dessous :

- Mme X est une GROSSE fonctionnaire elle travaille à la Sécurité Sociale ! Y pani bizwen ayen pèson ! (Elle n’a pas besoin de l’aide des autres parce qu’elle est fonctionnaire).

- Mr Z est fonctionnaire, il travaille à la POSTE, il est derrière un bureau, il a beaucoup d’argent ! (Dans le temps, travailler derrière un bureau était synonyme de gros revenus. « Je suis mort de rire ».)

- La maman de Caroline est fonctionnaire elle a tous ce qu’elle veut !

Trois petits exemples que vous avez certainement entendu traverser vos deux oreilles à un moment où à un autre si vous avez vécu en Martinique. Pour ma part, quand j’étais z’enfants dans les années 80-90, je les ais souvent entendu comme un requiem. A tel point que dans mon imaginaire, le fonctionnaire était une personne dotée d’un pouvoir surnaturel. Le fonctionnaire était au-dessus de moi, de nous, de vous et du monde entier. La terre ne portait pas le FONCTIONNAIRE je vous dis. J’avais été éduqué à voir les personnes fonctionnaires comme des personnes à part entière ou entièrement à part je ne sais pas !

FONCTIONNAIRE. Ce petit mot là, chaque fois que ma grand-mère Sinette le prononçait c’était pour dire tout le bien qu’elle en pensait. Dans la tête de ma grand-mère, le fonctionnaire était toujours une personne bien comme il le fallait. Et dans ces années là, c’était pareil dans la tête de beaucoup de Martiniquais de sa génération. Le fonctionnaire était presque un ROI.

Une éducation poste coloniale

A l’abolition de l’esclavage, quand les anciens esclaves ont accédé à l’éducation scolaire, ce n’était pas pour faire du commerce. Le commerce c’était pour les Békés. Mais bien pour échapper à la terre. Et pour fuir la terre qui nous avait tant fait souffrir depuis des générations, devenir fonctionnaire était la voie royale. Les parents voulaient que leurs z’enfants deviennent des fonctionnaires. Pourquoi ? Parce qu’une fois employé par le gouvernement français, ils avaient l’assurance de ne pas mourir de faim et de ne pas retourner dans les champs de canne à sucre. C’était juste ! Mais à l’époque, il y avait toute une mystification autour des fonctionnaires. Peu d’information circulait à propos des salaires des fonctionnaires. Jusqu’au début des années 2000, dans la tête de beaucoup de Martiniquais le mot FONCTIONNAIRE était égal à RICHESSE, ARGENT.

Avant les années 2000, en Martinique, nous regardions les personnes FONCTIONNAIRES comme des petits BILL GATE. Dans ces années là, quand vous disiez que vous travaillez à la POSTE, à la SECURITE SOCIALE ou touts autres organismes de l’état, les gens se mettaient à vous regarder avec des yeux remplis d’admiration. Je vous assure ; certaines personnes étaient prêtes à vous lécher….ce que vous savez déjà (Rire). Et oui, c’est bien en Martinique que cela se passait je vous dis.

« Quand on est fonctionnaire on est pèpère. On touche son salaire tous les mois et on est tranquille » parole d’un Martiniquais lors d’une de mes conversations.

Aujourd’hui encore, l’esprit du fonctionnariat demeure toujours dans la tête de certaines personnes (surtout les anciens bien sûr). Mais moi David GAGNER-ALBERT, je crois qu’il a perdu son « F » majuscules et qu’il ne suscite plus d’émotion dans le cœur des Martiniquais. Vous voulez savoir pourquoi ? Vous savez, avec tous les nouveaux moyens de communications modernes, notamment l’internet et les différents médias. Le FONCTIONNAIRE a été démasqué comme un bwabwa (une marionnette) dans un vidé de carnaval à Fort-de-France.

Je veux dire par là que nous savons maintenant que les fonctionnaires ne sont pas des personnes RICHES. Pas du tout. C’est au contraire une classe moyenne surendetté qui n’a pour seule source de revenu que leurs seuls salaires de fonctionnaires. Nous avons les bonnes informations. Même si certains continuent de rêver en pensant qu’être fonctionnaire c’est la plus belle chose qu’il y a sur terre et notamment en Martinique. L’esprit du FONCTIONNARIAT disparaît de la Martinique.

Les jeunes Martiniquais ambitieux ont compris que la voie ROYALE de la RICHESSE est de créer son entreprise. Et non d’être un fonctionnaire chaudement rémunéré par le GOUVERNEMENT. Les Martiniquais ont fini par ouvrir les yeux comme le soleil ouvrir ses yeux et chassent les ténèbres de l’ignorance. Ils ont compris que le fonctionnariat était en fait un leurre, un appât. Un morceau de noix de coco comme le morceau de noix de coco que vous pouvez mettre dans le panier de bassin (piège à écrevisse) pour les pécher.

Voilà, j’espère vous avoir éclairé sur un pan de l’histoire de la Martinique exactement comme les bêtes à feu éclairent les nuits sombres de mon pays.

© Décembre 2016.Tous droits réservés. Ecrit par David GAGNER-ALBERT pour Lucide Sapiens Martinique.

© Texte et responsable de publication David Gagner-Albert. Contact pour toutes vos propositions commerciales : Tel : 0696 92 11 39 /  Mail : lucidesapiens@rocketmail.com 

 

 

 

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