Caroline va courir le vidé sans ses parents

by David Gagner-Albert

(Collection Tim-Tim Bwa Sèk de la Martinique)

David Gagner-Albert" Caroline était une jeune Martiniquaise. Une belle petite Nègresse à moitié ☛ Kouli, Chabine et Mulâtresse. Une jeune fille arc-en-ciel comme on en trouve souvent à la Martinique. En plus de sa beauté nubienne qui faisait tomber par terre les garçons et les hommes, Caroline avait une particularité. Caroline aimait ☛ le carnaval comme les mouches à miel aiment le sirop.

Un jour, parce que sa mère et son père n’étaient pas d’accord pour qu’elle aille au carnaval, Caroline avait décidé d’y aller sans leurs accords.

Le dimanche gras, Caroline n’avait pas réfléchie à deux fois. Elle s’était déguisée en Touloulou. La jeune fille s’était revêtue d’une grande robe blanche et jaune or. Elle portait également une paire de gant et un masque de carnaval couleur or. Déguisée de la tête aux pieds, il était impossible de savoir qui ce cachait là. Il faut avouer que le déguisement de Touloulou était très très beau. Voir photo de Touloulou ci-dessous ⬇

Maintenant que Caroline était déguisée de la tête aux pieds, elle devait trouver une idée afin de sortir de la maison sans qu’elle se fasse repérer par son père et sa mère. Il était déjà deux heures de l’après-midi et ☛ le carnaval avait déjà commencé dans les rues de Fort-de-France. Les tambours, les chachas et les ti-bwa étaient déjà en train de faire danser les carnavaliers dans les rues. Caroline ne voulait pas rater ça du tout, la jeune fille était déterminée.

Afin que ses parents ne la voient pas déguiser pour s’en aller, Caroline était restée depuis sa chambre pour s’adresser à ses parents. Elle s’était mise à hurler, à parler très fort afin de leur dire qu’elle avait mal au ventre. Un mal de ventre si violent qu’il lui donnait l’envie de dormir. Caroline avait ajouté à sa mère et à son père qu’elle dormirait de deux heures de l’après-midi jusqu’au petit matin. Ses parents lui avaient dit d’accord, qu’ils n’allaient pas la déranger. La jeune fille avait dit à son père et à sa mère un gros mensonge. Elle était certaine de les avoir mené en bateau.

Caroline était sortie par la fenêtre de sa chambre pour rejoindre ☛ Ti-Sonson. Ti-Sonson était un véritable petit voyou qui habitait du côté de chez Caroline. Les parents de Caroline n’étaient pas d’accord pour qu’elle le fréquente. Le jeune homme qui avait une ☛ bwadjak l’avait conduit au carnaval. Non sans avoir bu deux verres de rhum avant de prendre le volant de sa vieille Mercedes.

Le carnaval avait déjà commencé quand Caroline était arrivée. Alors elle était simplement rentrée dans le vidé comme tout le monde. Caroline qui était déguisée an Touloulou s’était mise à danser et bouger comme pas possible. Le son de la rue la transportait, la chawayait. Elle ne pouvait pas se retenir. L’ambiance du carnaval était chaude. Les gens hurlaient, sautaient, gesticulaient de partout. C’était un véritable bakannal (tohu bohu).

David Gagner-Albert

Quelques « nègres gros sirops » qui étaient autour d’elle, avaient essayé de la draguer. Mais Caroline ne voulait pas que le sirop batterie salisse sa belle robe. Elle avait préféré rester aux côtés des « Mariann Lapô Fig » et des hommes déguisés en femme. Et puis elle n’avait pas besoin de cavalier pour courir son vidé. D’autant plus que la musique avait déjà séduit son cœur.

Takpitakpitak…. Takpitakpitak…. Takpitakpitak…. Takpitakpitak….Chantaient pour elle les ti-bwa.

Poupoupou… Poupoupou… Poupoupou… Poupoupou…Soufflaient à son oreille les conques de lambi.

Tchakritchakritchak…. Tchakritchakritchak…. Tchakritchakritchak….Lui rappelait les chachas comme s’ils avaient peur d’être oubliés.

Quant aux tambours, c’est eux qui avaient touché son cœur. Les tambours avaient joué et résonné jusqu’à six heures et demi du soir. Le carnaval était tellement amusant que Caroline avait complètement oublié qu’elle devait rentrer chez elle. C’est une fois le carnaval terminé, qu’elle s’était rendue compte qu’elle avait perdu de vu Ti-Sonson qui devait la ramener chez elle.

La peur s’était emparée de Caroline parce que sa maison était loin. Caroline habitait dans la commune de Schoelcher. La jeune fille avait cherché Ti-Sonson partout dans les rues de Fort-de-France mais ne l’avait pas trouvé. Ti-Sonson avait complètement disparu.

A neuf heures du soir, il n’y avait plus personne dans la rue. Caroline s’était retrouvé toute seule. Elle s’était dite qu’elle s’en prendrait violemment à Ti-Sonson quand elle le verrait. La situation était dure pour elle. Alors la jeune fille avait décidé de rentrer chez elle à pied. Il faisait nuit noire. Arrivé au quartier Pointe-des-Nègres, Caroline ne voyait rien dans le noir épais. C’est à ce moment là qu’elle avait vu une forme avec deux grandes cornes sortir d’un fromager situé non loin.

Caroline avait ouvert grand les deux yeux afin de bien voir de quoi il s’agissait. Mais la peur avait été plus forte que la raison. Caroline avait immédiatement pensé à un ☛ 🔞 dorlis. Alors elle avait lâché le masque de carnaval, souleva sa robe de Touloulou et s’était mise à courir jusqu’à ce qu’elle arrive chez ses parents. Caroline était entrée par la fenêtre de sa chambre sans faire de bruit de la même manière qu’elle y était sortie. La jeune fille tremblait comme une feuille de bananier sous un mauvais temps. Et elle avait juré du plus profond de son cœur de ne jamais recommencer. Mais elle n’avait pas eu la moindre idée que son père et sa mère étaient en train de la surveiller par le trou de la serrure pendant qu’ils se moquaient d’elle.

Le père de Caroline tenait entre ses mains un gros masque de ☛ papa diable avec lequel il avait fait peur à sa fille parce qu’elle avait désobéit. Mais malgré cela, les parents de Caroline n’étaient pas fâchés contre elle. Parce que Caroline était une jeune fille qui avait du cœur au ventre. De la volonté à revendre. Elle avait du cœur parce qu’elle avait défié l’interdiction de ses parents afin de réaliser son rêve. Et cette attitude est fondamentale car c’est de cette manière seulement que l’on peut changer l’Humanité."

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© 1ere édition en version créole Martiniquaise le 10 février 2015. Texte by David GAGNER-ALBERT. Tous droits réservé pour tous pays. Vous pouvez obtenir le droits d'exploitation de cette histoire sur demande. 

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� Caroline va courir le vidé sans manman sans papa en traduction française
Tag(s) : #Actualité culturelle de Martinique, #Tourisme et vie culturelle en Martinique, #Actualité carnaval de Martinique

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