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Actualité culturelle Martinique l Edité le 3 mai 2014 | article précédent | Proposition Cciale 

 

La diablesse, personnage des croyances et légendes populaires de la Martinique 

 

Aujourd’hui on est le vendredi 5 Mars 1999. Cette nuit là, l’homme qui ferme sa porte à double tour pour dialoguer avec moi est un grand-monsieur. L’homme est vaillant et en pleine possession de ses capacités physiques et mentales. Son voisinage, ses parents, amis et alliés le surnomment Bèc-En-Or ; BEO. J’ai rencontré Bèk-En-Or il y a déjà plus de dix ans maintenant. Le Tim-Tim Bwa Sèk* ( voir page ), le récit qui suit est son histoire personnelle, qu’il a eu l’amabilité de me confier pour vous.  ( Vous aimerez cette histoire et vous en parlerez autour de vous ). 

Afin que vous sachiez qu’il y a bien des années, bien avant l’arrivé des téléviseurs et de l’internet dans les foyers. A la nuit tombée, les petits Martiniquais peuplaient leurs soirées de contes créoles avec des personnages qui ne sont pas toujours aussi légendaires que vous le pensez. Ces personnages sortis tout droits de leurs imaginaires ont pris formes. Certaines personnes comme Bèk-En-Or ont eu le malheur de croiser leur chemin. Alors tel un Facebook qui dévoile la plus intime partie de la vie de tout le monde, voici comment les évènements s’étaient  déroulés :       

Tim-Tim Bwa Sèk !

Yé mistikri ! Yé mistikra ! Est-ce que la web-cour dort ?

Si la web-cour ne dort pas, écoutez l’histoire de Bèk-En-Or et de la diablesse Martiniquaise.  

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BEO -  Je ferme la porte parce que je crains que ma parole s’en aille loin transporté par le vent, et qu’elle ne me porte des désagréments ! Comme dit le proverbe créole, pawol sé van. ( voir proverbes créoles )

 

DGA - La peur est encore en vous ?

 

BEO - Ma peur s’est changée en confiance comme un serpent change de peau ! San kwa sé pa la penn yo kriyé mwen bèk en nô ; sans quoi, ce n’est plus la peine de m’appeler Bèc-en-Or. C’est juste une habitude que j’ai prise depuis ce fameux soir…

 

Bèc-En-Or me  fixe du regarde avant de s’asseoir à la grande table de mahogany où il m’avait installé avec mon matériel d’enregistrement. Il avait l’air de se demander quelle était la raison qui me conduisait à vouloir tant parler de ces créatures que le pays voulait mettre aux abois à l’air de l’internet, des tablettes et autres téléchargements.

Pour beaucoup de Martiniquais, c’étaient des Tim-Tim Bwa Sèk â˜š , de l’histoire ancienne qu’il valait mieux oublier pour avancer.   A l’extérieur, vous entendiez clairement le chant nocturne des kabrits de bwa, des crapauds et des chauves-souris qui valsaient dans l’air sec du Carême. Autour de la table régnait un silence digne du cimetière du Trabeaux*. Il avait mis un milieu dans ce silence en me disant la chose suivante.  

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BEO - Après le carnaval, une fois que VAVAL a été brûlé, c’est ce qu’elles demandent pour courir leur vidé* dans toute la Martinique. Du Mercredi-des-Cendres  jusqu’au Vendredi Saint, c’est à cette période là que vous avez plus de chance de les croiser. Mais elles se terrent dans les endroits les plus obscurs du pays une fois la nuit tombée.  

 

La conversation venait de démarrer à ce moment précis. La connexion était établie. Un discours qui comme vous le verrez captive tant par son étrangeté que par la cohérence des propos de l’homme.

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DGA - Et un beau jour comment avez-vous eu cette chance ?

 

Avant de me répondre, il prend soin de me tendre le ti-punch qu’il vient de me faire. Je prends une gorgée, je pose le verre sur la table  puis j’attends sa réponse.

 

BEO - À l’époque, j’avais très exactement 23 ans. J’avais couru le vidé du carnaval durant toute l’après-midi. C’était le Mercredi-des-Cendres alors je me suis défoulé en prévision des semaines d’abstinence du Carême. Imaginez-vous avec un tambour bèlè â˜š Ã  la main. Vous êtes au cÅ“ur du carnaval avec des belles jeunes femmes, des chabines, des négresses, des koulis et des mulâtresses qui dansent au rythme de la musique. N’est-ce pas merveilleux ! (Rire)

 

DGA– Je l’entends ! Je vois clairement la scène comme si j’étais devant un écran ! (Rire)

 

Bec-En-Or poursuit son récit avec la même détermination qu’il avait démontré au début. Le débit de sa voix basse et langoureuse  captive encore plus mon attention.   

 

BEO - La nuit  était tombée. Vaval avait été brûlé sur la plage de la Française comme toutes les années. Alors les carnavaliers s’étaient dispersés sur la savane comme des petits crabes dans une mangrove. Mes amis et moi, nous avions décidé de continuer à battre du tambour comme si s’était la dernière fois de notre vie.

A notre grande surprise, c’est tout un paquet de femmes qui nous suivait et continuait de chanter malgré la nuit tombée.

«  Djab la ka mandé an ti-manmay, an ti-manmay pou-y manjé….Le diable demande un enfant, un enfant pour qu’il le mange. Â»

Plus nous battions fort les tambours, plus il nous avait semblé que ces femmes n’étaient pas comme toutes les autres. Mais ça ne nous déplaisait pas du tout !     

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Photo ci-dessous ⬇: Paquet de femmes courant le vidé au carnaval de la Martinique. Elles accompagnent VAVAL à sa dernière demeure. Certaines d'entres elles se déguisent en Diablesses.  

diablesse-mercredi-des-cendre-martinique-david-albert-gagneBec-En-Or saisit son verre de rhum à moitié plein et prend une gorgée. Mon nez sens toujours l’odeur de ce rhum qui s’évapore dans l’air à ce moment là. Et mes z’oreilles, ce même rhum qui glisse au-travers de sa gorge comme la pluie sur une feuille de tôle. Mes lèvres sont pendues à sa bouche pour ne rien perdre de son histoire.     

 

BEO - Le vidé avait continué son chemin. C’est au moment où nous sommes arrivés en face de la cathédrale de Fort-de-France, que l’attitude de ces femmes nous avait le plus intriguée. Elles étaient devenues étranges, glacées comme l’alizée fraiche qui soufflait.

C’est avec la tête baissée qu’elles étaient passées devant l’église fermée.  J’avais eu le sentiment de voir des personnes sur le point de recevoir la communion. Elles étaient toutes transformées.   

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⬆Diablesses du Mercredi-des-Cendres. Celles-ci portent des masques. Vous pouvez constater par vous-mêmes l'air étrange, glacé qui émane de leurs visages. Bèk-En-Or  l'a vu de ces propres yeux comme vous pouvez le voir.  

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Ci-contre : La cathédrale de Fort-de-France en 2013, le lieu où Bèk-En-Or a eu un présentiment puissant avant de se rendre compte que la femme était une diablesse. 

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Tim-Tim Bwa Sèk ! Yé mistikri....Yé mistikra.... Est-ce que la web-cour dort ?

Suite....de l'histoire. 

 

Et tout d’un coup, comme l’avait dit Bèk-En-Or, l’air était devenu glacé autour de moi. Un frisson m’avait parcouru de la tête aux pieds.  

 

BEO - Changez ! Comme si vous changiez brusquement à l’instant même. Sur le coup, j’ignorais totalement qu’elle avait été la cause de ce changement d’attitude soudaine. J’étais curieux de savoir ! Mais l’ambiance festive n’était pas propice à la réflexion. Alors j’avais mis cela sur le compte d’une mise en scène carnavalesque bien préparée.  Les  voies des VAVAL sont impénétrables. On ne peut jamais savoir la tournure que prendra un vidé de carnaval en Martinique. Finalement, nous nous  étions rendu au Terpsichora pour clôturer le Mercredi-des-Cendres en beauté.  

 

DGA- Le Terpsichora, on m’en a parlé !

 

Bien trop jeune pour avoir connu le Terpsichora, j’avais fais appel aux souvenirs de Bèk-En-Or pour en savoir plus.

 

BEO - Le Terpsichora était une boite de nuit très en vogue en Martinique dans les années 60. Bien avant l’époque ZOUK et Dancehall d’aujourd’hui. C’est ici que la jeunesse de l’époque se  retrouvait pour  danser la biguine et le compa. Et c’est aussi là que ma vie a changé. ( ZOUK ) 

 

DGA- J’ignorais qu’elle avait été cette expérience qui avait changé la vie de Bèk-En-Or. Je voulais en savoir plus. Le cÅ“ur de son histoire me passionnait vraiment.    

 

Mais brusquement, l’engouement dont il avait fait preuve jusqu’ici s’était stoppé net. Bèk-En-Or ne parlait plus. Il  était resté muet tel le haut-parleur d’une enceinte déconnectée. Il venait de bugger. Alors je lui avais posé la question suivante pour le débugger.

 

DGA - Vous perdez votre esprit ? Vous êtes amnésique ?

 

BEO - On aurait dit ! Man kwè man ka pèd tèt mwen ; je crois que je perds la mémoire.  

 

Son cerveau s’était bloqué. Il tentait certainement de l’empêcher d’évacuer  des souvenirs  longtemps cachés sous des pensées nostalgiques. Je me devais de l’aider.  

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DGA - Rappelez-vous tous ce que vous avez fait !

 

BEO - J’étais dans la boîte de nuit.  Cette femme accrochée à mes bras. C’est le groupe de musique LA PERFECTA qui jouait ce soir là. Nous avions dansé kolé-séré, corps contre corps, les yeux dans les yeux jusqu’à minuit.  Heure à laquelle le dancing devait fermer car nous allions rentrer dans la période du Carême.  Alors nous sommes partis ailleurs pour terminer la soirée. C’est sur la place de la savane à Fort-de-France que nous nous sommes retrouvés tous les deux. A l’époque, le lieu situé à l’entrée de Fort-de-France était très boisé et peu éclairé. Quand on avait fait la connaissance d’une femme dont la relation ne serait que passagère, le plus souvent que jamais l’histoire se terminait là. L’obscurité était propice aux mélanges des corps.

 

DGA - Décrivez-moi cette femme s’il vous plait ?

 

A cette question posée, il s’était empressé de me répondre.

 

BEO - Ou ni rézon ! Vous avez raison. Un homme averti en vaut deux. Elles peuvent prendre des apparences si agréables à voir, que si vous êtes un homme qui aime trop soulever la robe des femmes, votre sort est déjà entre leurs mains. 

 

Bèk-En-Or m’avait décrit la femme de façon si précise, qu’une image m’était apparue à l’esprit. Et le sentiment de la voir en face de moi m’avait envahi.

 

BEO - Je sentais qu’elle résumait à elle seule, tous les types de femmes que l’on peut trouver en Martinique. Mes doigts virils avaient roulé sur sa peau de Nègresse qui la camouflait dans la nuit. Pendant que ces yeux clairs de Chabine avaient dévoilé aux lèvres de mon serpent la fontaine qui coulait entre ses jambes. Il fallait que j’étanche la soif qui s’éveillait dans mon âme.  Et dans le silence de la nuit, j’entendais sa longue chevelure de Kouli qui disait « karessé mwen Â», caresse moi. Alors  avec confiance, j’ai voulu aller plus loin pour y trouver la Mulâtresse cachée. Ref article Avoir la peau très Noire en Martinique, sommes-nous toujours complexés ?          

 

DGA - Je la vois clairement ! Vous voyez.

 

BEO - Je n’étais pas au bout de mes surprises. Après ce moment de plaisir, le pire était à venir.

 

Bèk-En-Or avait retenu son souffle, gonfler son ventre gros comme celui d’un ronmié ; un ivrogne. Puis il s’était dégonflé pour continuer.  

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BEO - Mais c’est au moment de pénétrer dans sa conque de lambi que les choses se sont corsées. Comme si un dorlis ref article, une personne invisible  avait pris plaisir à me détourner de ma voix. Ma baguette comme par magie était allée caresser sa jambe gauche. C’est à ce moment là que j’ai senti un pelage se frotter à mon intimité. Alors j’avais fais appel à l’une de mes mains.  Au bout de cette longue jambe, ma main qui n’avait rien perdu de sa virilité légendaire avait butée sur une matière aussi dure que de la pierre.

 

A ce moment précis, je regarde Bèk-En-Or  les deux yeux grands ouverts. Je suis sûr et certain que vous n’imaginerez jamais comment j’étais sidéré par ce que je venais d’entendre.  Alors que je n’avais même pas encore entendu la suite. Le plus beau était à venir.   

 

BEO â€“ Comme vous pouvez le ressentir, mon plaisir était à son plus haut degré. Ma partenaire aussi semblait tirer un plaisir orgasmique de cette force venu de mes entrailles. Et c’est alors que mes yeux intérieurs s’ouvrent et me disent de chercher, de voir plus clair. Comme demandé, je me suis redressé pour mieux voir dans la nuit. Mon serpent levé était à l’air, dressé vers le ciel étoilé. Je regarde et je vois la jambe gauche et la jambe droite qui contrastent. L’une était blanche et l’autre noire. Mes yeux me montrent immédiatement ce que je n’aurais jamais dû voir de ma vie. L’obscurité m’avait clairement dévoilé la vérité. La jambe blanche de ma dulcinée était en réalité une patte de chouval.    

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DGA - Une patte de cheval !

 

BEO - Sé sa ou tann-nan ! An pat chouval ! C’est bien ce que tu viens d’entendre ! La patte 

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d’un cheval. Je venais de faire l’amour avec une diablesse. Inutile de vous préciser que j’avais détalé, pris la mer comme une savane pour rentrer  chez moi à Trénelle â˜š.

J’ai couru comme un fou évadé de l’hôpital psychiatrique de ColsonEt c’est au moment de traverser le quartier des Terres Saint-Ville que je m’étais rendu compte que j’étais complètement tout nu dans les rues de Fort-de-France. Heureusement, il était très tard et qu’à cette époque, il n’y avait pas encore un poteau électrique à chaque mètre pour éclairer vos pas.  J’ai continué de courir jusqu’à la rue François Pavilla â˜š et me suis arrêté une fois arrivé à la rue de la Bute â˜š .  J’étais  sorti de cette folle nuit de carnaval avec un souvenir effroyable.

 

Mais la diablesse venait de me faire prendre conscience d’une chose que je n’ai jamais oubliée. Les apparences sont trompeuses. Que ce n’est pas toujours le noir qui porte le mal en lui. Comme dit le proverbe créole « Si ou paka lévé wob lamayé ou pé pa sav si chimiz li pwop. Si tu ne soulèves pas la robe de la mariée tu ne sauras pas si sa chemise est propre. Â»        

 

© Le témoignage véridique de Bèc-En-Or. Un Martiniquais ayant flirter avec une diablesse. 

© Tous droits réservés. Lucide Sapiens Martinique 

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Ci-dessous : Le déguisement principale des Diablesses Martiniquaises pour sortir le dernier jour du carnaval avant le Carême

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Tim-Tim bwa sèk !

Yé kric, yé krac !

Est-ce que la web-cour dort ? 

r David Gagner-Albert pour Lucide Sapiens Kréati

 Â© Texte et images  : Mr David GAGNER-ALBERT 

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