Lucide Sapiens Martinique

Les transports en commun de la Martinique une histoire Ă  l'arrĂȘt

Les transports en commun de la Martinique une histoire à l'arrêt

Yé krik, yé krak, je suis David GAGNER-ALBERT artiste-bloggueur et formateur informatique
Martiniquais.

Aujourd’hui, avec votre bĂ©nĂ©diction, je lĂšve le voile pour mettre en lumiĂšre un  problĂšme qui existe Ă  la Martinique depuis l’époque oĂč le diable n’était qu’un enfant ; dĂ©pi antan djab tĂ© ti-gason. Je veux dire par lĂ  que ce problĂšme existe depuis trĂšs longtemps Ă  la Martinique. Un problĂšme qui est Ă  l’arrĂȘt comme si vous Ă©tiez plantĂ© comme un arbre Ă  pain ou un fromager dans un abri bus. Vous voyez. Vous comprenez que je veux vous parler des transports en commun de la Martinique. Les bus, cars et taxis. Vous lisez avec attention l’histoire qui m’est arrivĂ© et vous en saurez plus Ă  300% sur les transports en commun Ă  la Martinique. 

Histoire des transports en commun de la Martinique

Titre : Un match de football et pas un  seul bus

Lieu : la mĂ©saventure se passe en Martinique

Ville : Fort-de-France

AnnĂ©e : DĂ©but des annĂ©es 2000

Personnes impliquĂ©es : David GAGNER-ALBERT, chauffeur bus GET, passagers

 

Un match de football et pas un seul « bus Â»

1- ExtĂ©rieur jour (aprĂšs-midi) – Rue de Fort-de-France, Sainte-ThĂ©rĂšse

« Je suis Ă  Fort-de-France au dĂ©but des annĂ©es 2000. J’habite au sein du quartier populaire Sainte-ThĂ©rĂšse depuis peu. Je suis debout Ă  un arrĂȘt de bus depuis 1 heure maintenant. Je dois me rendre en cours au LycĂ©e Schoelcher oĂč je suis scolarisĂ© en Terminal LittĂ©raire (voir biographie). Je me souviens qu’à l’époque, qu’il y avait tout un bankoulĂ©lĂ© (un conflit) entre les transporteurs privĂ©s des bus GET (bus verts) et d’une sociĂ©tĂ© de transport dĂ©nommĂ©e SETUFF (bus rouges) mandatĂ©e par la mairie de Fort-de-France. Pour la petite histoire, les bus privĂ©s de la GET n’étaient pas d’accord avec la mise en place de la SETUFF ou quelque chose comme ça
 Je vous laisse imaginer le wĂ©lĂ©lĂ© ; le vacarme Ă  la Martiniquaise entre les deux parties
Mais revenons Ă  la petite histoire qui m’est personnellement arrivĂ©e.

 

Ce mardi aprĂšs midi lĂ , l’avenue Maurice Bishop Ă©tait calme. La circulation Ă©tait fluide comme l’eau du Canal Levasor qui s’écoule plus loin. Ce qui est extrĂȘmement rare dans cette partie de la capitale oĂč les voitures fonts des chiens* (rĂ©f : faire des chiens*).

 

Je commençais Ă  m’impatienter. Plus je regardais le cadran de ma montre, plus je voyais l’heure arriver sur moi. Je me devais d’ĂȘtre au LycĂ©e Schoelcher  Ă  15 H 00 pour mon cours d’anglais. A quelques mĂštres de l’abribus oĂč je prenais racine comme un pied de fruit Ă  pain (arbre-Ă -pain), il y avait un bar. Un bar oĂč des wonmiĂ©s (ivrognes) Ă©taient les bons matins, les midis et le soir  z’attablĂ©s avec des bouteilles de rhum.

Ce jour là, j’entendais sortir depuis le bar les commentaires d’un match de football. Vous entendez. Un match de football. La France et l’Angleterre s’affrontaient sur la pelouse.

 

- La Fwans ka genyen 2 Ă  0 sĂ© mwen kika diw sa ! (La France gagne 2 Ă  0 c’est moi qui te le dis !)

- Non ! Langleter ka bat la Fwans  3 Ă  0 ! (Non ! L’Anglettere bat la France 3 Ă  0.

- Non ! Yo ka fĂš match nil an bonda manman yo ! (Non, ils font match nul dans le cul de leurs mĂšres.)

 

Voici le type de commentaire qui sortait du bar en mĂȘme temps que l’odeur du rhum qui arrivait dans mon nez. Vous sentez. Mais pendant que j’étais debout en train d’attendre un bus qui me semblerait venir quand les poules de ma grand-mĂšre Sinette auraient eu des dents, j’avais remarquĂ© qu’il y a plus loin un grand bus vert stationnĂ© tout juste Ă  cĂŽtĂ© du bar. C’était bien un bus de la GET. Et pourtant il ne roulait pas.  

Finalement, l’heure Ă©tait presque arrivĂ© sur moi quand brusquement, j’avais vu un homme sortir du bar plus loin. Il s’était dirigĂ© vers le bus. Il avait ouvert la portiĂšre du bus. Il y Ă©tait entrĂ©. Il avait dĂ©marrĂ© le grand bus vert. Il avait fait un demi-tour puis il Ă©tait revenu embarquer les passagers qui Ă©taient plantĂ©s lĂ  depuis un bon moment.  Nous Ă©tions tous montĂ©s dans le bus avec des mines exaspĂ©rĂ©s. Nous Ă©tions fatiguĂ©s, fatiguĂ©s d’ĂȘtre restĂ©s debout lĂ  comme des bƓufs dans un abattoir. Mais en vous parlant de bƓufs dans un abattoir, nĂŽtre clavaire n’était pas fini pour autant. Vous continuez de lire avec attention cet Ă©pisode inoubliable de ma vie et vous serez surpris.

 

Bus de la Société SETUFF au début des année 2000

Bus de la Société SETUFF au début des année 2000

2- IntĂ©rieur bus Get – Rue de Fort-de-France

Le chauffeur du bus Ă©tait un peu bizarre. Je prĂ©fĂšre dire ça comme ça pour ne pas heurter le jeune public qui me lit avec attention. Pour cause, ses deux yeux Ă©taient rouges comme un feux tricolores des Terres-Sainvilles et pĂ©taient dans sa tĂȘte. Vous voyez. Il Ă©tait clair et net que le chauffeur du bus avait bu. Il n’était plus Ă  jeun, il avait dĂ©jĂ  son chargement de rhum comme dirait ma grand-mĂšre Sinette. Le chauffeur Ă©tait si tellement ivre, qu’il avait du mal Ă  tirĂ© le grand volant du bus qui n’était pas une direction assistĂ©e. Vous pouvez imaginer.

 

Dans le bus, je m’étais assis sur un siĂšge situĂ© au milieu. Et pendant tout le trajet, j’avais observĂ© son attitude. Je pouvais voir Ă  travers le grand rĂ©troviseur intĂ©rieur du bus, ses deux yeux qui se fermaient de temps Ă  autre pendant qu’il conduisait. Ses yeux clignotaient devant le volant comme le phare de la Pointe des NĂšgres Ă  Fort-de-France.

Le temps de traverser le boulevard  GĂ©nĂ©ral de Gaulle, nous Ă©tions arrivĂ©s au centre-ville. Et nous serions bientĂŽt en face du LycĂ©e Schoelcher. J’aurais  juste eu 5 minutes de retard. Pas grave.

- ArrĂȘt !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!

J’avais dis « arrĂȘt Â» comme cela se fait en Martinique pour stopper le bus ou le taxi sans quoi il part avec vous je ne sais oĂč.

- ArrĂȘt !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!

J’avais hurlĂ© aussi longtemps que ma gorge me le permettait. Mais figurez-vous qu’au lieu de s’arrĂȘter devant le LycĂ©e Schoelcher, le chauffeur du bus avait continuĂ© son chemin. Le bus Ă©tait en train de monter tout droit vers la commune de Schoelcher avec moi. Le chauffeur semblait ne rien entendre. Ni moi, ni personne d’autre dans le bus. SĂ© alĂ© itĂ© ka alĂ©. SĂ© woulĂ© itĂ© ka woulĂ©. Baw lĂš pou-i pĂ©sa pasĂ©. Il continuait simplement sa route. Il fallait lui cĂ©der le passage pour qu’il puisse passer.

 

En plus de ça, le chauffeur s’était mis Ă  accĂ©lĂ©rer le bus qui n’avait plus d’amortisseur du tout. Vous aviez le sentiment d’ĂȘtre directement assis sur les essieux. Tellement ça faisait mal je vous dis. A chaque trou ou petite pierre Ă©crasĂ©e sous les pneus, nous Ă©tions en train de sauter en l’air depuis nos siĂšges peu confortables. Vous voyez. Le chauffeur de bus Ă©tait il possĂ©dĂ© par un diable ou un dorlis
 Je ne savais pas. Mais la seule chose dont j’étais certains c’est que nous Ă©tions vĂ©ritablement comme des bĂȘtes que l’on emmenait dans un abattoir. Des vraies z’animaux.  

 

Quand nous sommes arrivĂ©s au Boulevard de la Marne, je m’étais levĂ© de mon siĂšge. J’avais pris mon courage Ă  deux mains avec un grand C. Je me suis dirigĂ© vers le chauffard du bus. Je me suis approchĂ© prĂšs du poste de conduite.  Et je lui ai dis en criant dans son oreille gauche :

 

- ArrĂȘt !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!! OĂč allez-vous avec nous comme ça ?

 

Le chauffard du bus avait immĂ©diatement tournĂ© sa tĂȘte en ma direction. J’avais eu le sentiment qu’il venait de se rĂ©veiller d’un profond sommeil. A ce moment lĂ , il ne regardait plus la route. Et le bus continuait toujours de rouler. Je m’étais demandĂ© si j’avais eu une bonne idĂ©e d’agir ainsi. Le type avait plantĂ© ses deux yeux rouges enragĂ©s dans les pupilles marron de mes yeux. Mon cƓur s’était mis Ă  battre doum doum doum
plus fort qu’un tambour bĂšlĂš. Le chauffard avait brutalement posĂ© son pied sur le frein alors que le bus roulait Ă  vive allure. Vous vous imaginez. Les pneus avaient crissĂ© sur le bitume. Un homme avait volĂ© cul pour tĂȘte en direction du pare-brise. Une femme s’était retrouvĂ©e sur moi la robe soulevĂ©e, la culotte Ă  l’air et les jambes grandes ouvertes (ce qui ne m’avait pas dĂ©plu du tout). De la fumĂ©e bleue mĂ©langĂ©e Ă  une odeur de frein avait rempli le bus tout entier.  Nous nous Ă©tions tous mĂ©langĂ©s dans le bus comme des cocos avec des z’abricots.  Mais l’histoire ne se termine pas lĂ  pour autant
Vous continuez de lire avec attention


 

Le chauffeur ou le chauffard du bus m’avait dit :

- Ti-bolonm, gadĂ© sa ti bren ! Kar la sĂ©ta mwen, sĂ© mwen ki mĂšt bus la. Man ka fĂš sa man lĂ© Ă©pi kar mwen. (Jeune homme, regarde moi bien ! Le bus est Ă  moi. Je suis le maĂźtre du bus. Je fais ce que je veux avec mon bus.)

 

Les autres passagers du bus s’étaient Ă©galement pris au chauffard du bus GET. Il avait patiemment attendu la fin du match France / Angleterre en sirotant des verres de rhum dans un bar au lieu de faire son travail de transporteur.  

 

- Ka mizĂ©rab la ! (Tu es un misĂ©rable !) Lui avait criĂ© une femme.

- Ou paka fĂš travay ou ! Ou sĂ© an nĂšg fenyan ! (Tu ne fais pas correctement ton travail. Tu es un nĂšgre paresseux.) Lui avait dit un homme.

 

Le chauffeur avait bien senti et vu que la colĂšre des passagers montait et risquait d’exploser comme la Montagne PelĂ©e le 8 mai 1902.

 

- LandjĂšt manman zĂłt tout la ! ZĂłt ka fĂš mwen chiĂ© ! (Allez tous vous faire foutre ! Vous me faĂźtes chier !) Nous avait rĂ©pondu le chauffeur pour seule rĂ©ponse. 

 

Le chauffeur du bus Ă©tait descendu de son car. Il Ă©tait parti en laissant le vĂ©hicule Ă  l’arrĂȘt au milieu de la voix publique. Un embouteillage monstre s’était crĂ©e sur le boulevard de la Marne ce jour lĂ . Un seul bankoulĂ©lĂ© de klaxons et d’injures avait envahi le grand boulevard de la Marne. Vous voyez. Les autres passagers et moi Ă©tions tous descendus du bus. J’avais du refaire le chemin en sens inverse pour revenir vers le LycĂ©e Schoelcher.

3- ExtĂ©rieur jour (aprĂšs-midi) – LycĂ©e Schoelcher

Finalement, j’étais arrivĂ© Ă  mon cours d’anglais Ă  15 h 45 au lieu de 15 h 00. J’étais arrivĂ© trempĂ© de sueur comme si j’avais traversĂ© la baie des Flamands Ă  la nage pour arriver en cours. Mon professeur d’anglais qui Ă©tait bien conscient des problĂšmes de transports rĂ©currents Ă  la Martinique, avait Ă©tĂ© d’une grande indulgence avec moi.

 

Mais ! Vous vous demandez trĂšs certainement pourquoi le chauffeur du bus Ă©tait-il dans cet Ă©tat ce jour lĂ  ? Laissez moi vous dire :   Â«  Plus tard, j’avais appris que le chauffeur du bus Ă©tait furieux parce que la France avait perdu le match face Ă  l’Angleterre. Un match de football et pas un seul « but Â» pour la France. Et c’étaient les usagĂ©s des transports en commun de la Martinique qui en avaient fait les frais.

 

VoilĂ  ! Ceci est une partie de l’histoire des transports en commun de la Martinique. A une certaine Ă©poque, quand il y avait un match de football, il n’y avait pas un seul bus dans les rues de la Martinique. Vous vous souviendrez toujours de cette histoire. « Un match de football et pas un seul bus. Â»   

 

J’espĂšre que l’arrivĂ© du TCSP va rĂ©soudre le problĂšme du transport qui demeure encore Ă  la Martinique mĂȘme si je dois avouer qu’il s’est considĂ©rablement amĂ©liorĂ© depuis quelques annĂ©es. Â»  

MĂšsi ! MĂšsi an chay ! Merci beaucoup !

© Lucide Sapiens Martinique 2016. Tous droits réservés pour tous pays. By David GAGNER-ALBERT

© Texte et directeur de publication : David Gagner-Albert. 

Contact : 0696 92 11 39 mail : lucidesapiens@rocketmail.com 

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